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ACCUEIL | BIBLIOGRAPHIE | LE CHANT DES BALEINES A BOSSE


LE CHANT DES BALEINES A BOSSE
Par Pierre Lemarquis

Si les cachalots émettent des clics sur un rythme qui signe l’identité de chaque individu, le dauphin possède un sifflement qui lui est propre. Il salue courtoisement un compagnon de rencontre en imitant son sifflement, lui montrant ainsi qu’il le reconnaît.
Seules les baleines à bosse chantent, comme les oiseaux et les hommes, mais elles le font en apnée ! Elles n’ont qu’une dizaine de notes à leur disposition, audibles par l’homme, dans les graves entre 30 hertz et 4 kHz . Elles durent de une à quelques secondes, peuvent être modulées vers l’aigu ou vers les graves et être émises avec un niveau sonore plus ou moins important.
Les baleines peuvent combiner ces notes à loisir en phrases qui durent de dix à vingt secondes, répétées pendant deux à quatre minutes pour former un thème, ces derniers s’enchaînant à leur tour sur plusieurs dizaines de minutes pour former un chant, véritable oratorio, composé d’une dizaine de thème, toujours répétés dans le même ordre, avec des rimes (favorisant la mémorisation ?) et parfois repris plus de deux cents fois, pendant des heures voire un jour entier, y compris lorsque la baleine remonte en surface pour respirer !
Seuls les mâles chantent, le plus souvent en période de reproduction, mais les femelles ne paraissent pas systématiquement attirées par leurs arpèges, qu’ils produisent à plus de 150 décibels et restent audibles à une vingtaine de kilomètres à la ronde !
De plus, il existe un « canal acoustique » surtout fréquenté par les rorquals bleus, à une centaine de mètres sous la surface de la mer. Les ondes sonores qui y circulent, en raison des effets contradictoires de l’augmentation de pression et du refroidissement de l’eau, peuvent filer sur plusieurs milliers de kilomètres, d’un bout à l’autre de l’Atlantique. Le tube à la mode peut donc être diffusé comme dans une émission radiophonique et repris par toute une population baleinière sur une même partie du globe, à ceci près que les baleines ne synchronisent pas leur chant et hurlent au milieu d’une belle cacophonie, qui évoque une cours de récréation.
Les cétacés échappent à la mondialisation, les succès différent dans d’autres lieux et d’autres populations mais conservent leur même structure en poupées russes.
Avec le temps, le chant d’une baleine évolue, comme une langue qui dérive.
La hauteur ou la puissance de certaines notes peuvent se modifier rapidement, de mois en mois, au gré des improvisations (compositions ?) et de l’imitation d’autres populations rencontrées, jamais par accident ou dans un but informatif semble t’il. Des modifications apparaissent sur les phrases, les thèmes. Certains disparaissent, d’autres apparaissent. A un moment donné, l’ensemble des chanteurs décide des modifications adoptées, des thèmes abandonnés, modifiés, ou des nouveautés acceptées. Les modifications les plus importantes surviennent en milieu de saison des amours et ne résultent donc pas d’un oubli des succès de l’année précédente, mais, pour Katherine Payne, représentent un exemple d’évolution culturelle chez un animal non humain. La nouveauté permettrait au compositeur de se distinguer, en particulier au regard des dames, à condition de ne pas trop s’éloigner du standard initial, puis de lancer une nouvelle mode, ses trouvailles étant rapidement recopiées par les autres mâles jaloux de son succès. Voilà pourquoi un ancien tube passé de mode ne sera jamais repris et sera ringuardisé par les cétacés !
Le chant des baleines semble donc représenter un comportement social flexible, doté d’une signification tant pour les auditeurs que les chanteurs, contribuant au marquage de territoire et au classement hiérarchique entre les mâles à la saison des amours
Il faut une dizaine d’année pour qu’un chant soit complètement modifié.
Le chant de l’appel au repas par contre n’évolue pas : « A table ». Il ne dure que cinq à dix secondes et déclenche le regroupement des baleines en vue de l’attaque des bans de poissons, lesquelles semblent parfois reconnaître ce signal.
Les baleines peuvent être assourdies par les clics des sonars utilisés pour explorer les fonds marins. Ceux-ci peuvent atteindre deux cents décibels et l’autopsie de baleines échouées dans les jours suivant des exercices de sonars de la marine américaine a montrée des lésions auditives
Les chants des baleines sont partis dans l’espace sur les disques d’or des sondes Voyager, avec Beethoven, Bach, Mozart et Chuck Berry.

 

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